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  • Thibault Merckel

Top 10 : les pépites ciné des années 2010 (selon Thibault Merckel)


Les années 2010, c’est terminé. Et même si tout nous paraît déjà obsolète, la décennie a néanmoins su nous offrir quelques beaux moments de cinéma.


Ainsi, pour rendre hommage à feu ces années 2010, j’ai décidé de m’improviser mathématicien et de mettre à l’honneur les chiffres 20 et 10.


D’abord il y a eu mon top 20 des meilleurs blockbusters et films populaires de la décennie.

Ce classement est donc suivi, en toute logique, de mon top 10 des meilleures pépites, ces films plus modestes que vous n’avez (probablement) pas eu la chance de voir, et à côté desquels il ne faut pas passer.

Je vous le garantis.



10. Tickled (2016)

Cet OVNI n’est pas peut-être pas le plus grand documentaire de la décennie, mais il est définitivement le plus dingue. Une enquête au premier abord innocente qui emmène ses deux protagonistes dans les tréfonds de la bizarrerie humaine : l’industrie de la compétition de chatouilles. De ce constat singulier découle un film obsédant, oscillant entre l’intensité de la tragédie et l’absurdité de la comédie. Bref, un documentaire qui vous laisse sur le cul… et qui vous fera longuement hésiter avant de chatouiller innocemment votre voisin.


9. Why don’t you play in Hell (Jigoku ne naze warui – 2013)

Sion Sono, c’est un peu le rebelle punk du cinéma japonais. Cela ne l’empêche pas de réaliser des films à caractère populaire, en témoigne ce formidable Why don’t you play in Hell, comédie d’action qui prend le pari de ne rien faire à moitié : c’est drôle, c’est violent, c’est absurde, et c’est surtout brillant. Un véritable cri d’amour au cinéma, qui prouve que le Japon est l’un des pays qui a su le mieux jouer avec ses valeurs artistiques dernièrement (cf. la suite de cette liste). Et je vous l’assure, ce jingle de pub pour dentifrice ne quittera plus jamais votre tête…


8. A Taxi Driver (Taeksi woonjunsa – 2017)

Un petit bijou coréen qui, malgré son titre apte à la confusion, a tout pour plaire au grand public : l’un des meilleurs acteurs du moment (Song Kang-Ho), une histoire inspirée de faits réels, un véritable message politique, et un voyage initiatique bouleversant. Le cinéaste Jang Hun ne détourne jamais sa caméra de la violence du moment (les manifestations de Gwangju en 1980), et parvient à y infuser une sensibilité et une émotion digne des plus grands. Sans parler de cette course poursuite finale, qui catapulte Jang Hun en tête de liste de mes réalisateurs favoris pour intégrer la franchise Star Wars. Disney, si vous m’entendez…


7. Bad Genius (Chalard games goeng – 2017)

Qui aurait cru qu’un tel sujet (tricher au bac) pouvait devenir aussi passionnant ? C’est ce que vous ne pourrez pas vous empêcher de penser à la sortie de cette pépite thaïlandaise. Le réalisateur Nattawat Poonpiriya et ses scénaristes élaborent ici un savant thriller, certain de vous tenir en haleine, et ce jusqu’au dénouement final qui met avant tout l’accent sur l’émotion. Un film porté par un excellent casting, et qui donne à voir en son actrice principale (Chutimon Chuengcharoensukying) une star en devenir. Bref, le représentant parfait d’un cinéma malheureusement encore assez méconnu.


6. Okko et les Fantômes (Waka okami wa shôgakusei! 2018)

Depuis la fermeture (temporaire) du studio Ghibli, chaque nouveau dessin animé japonais est vendu en France comme le digne héritier d’Hayao Miyazaki et consorts. Et soyons honnêtes, malgré une qualité indiscutable, c’est rarement le cas. Voilà pourquoi je n’aurai pas l’outrecuidance de vous dire qu’Okko mérite une telle accolade. Cependant, c’est le film de son genre qui a su générer, à mes yeux, le plus d’émotions cette décennie ; à travers les sujets abordés (notamment le deuil), il ne prend jamais son jeune public pour plus bête qu’il n’est, et c’est là sa grande réussite. Et en plus, c’est mignon.


5. Mandy (2018)

Ah, Mandy… sans aucun doute le film le plus metal de la décennie. Une œuvre unique, à déguster dans l’idéal sur grand écran et avec le meilleur système audio possible. Cette expérience sensorielle et complètement hallucinée, réalisée par Panos Cosmatos, se targue en plus d’être l’un des meilleurs films de Nicolas Cage en ce nouveau millénaire (avec Adaptation., bien entendu). Et franchement, voir un Nic camé jusqu’à la moelle combattre des motards de l’Enfer à la tronçonneuse sur fond de guitares électriques, ça n’a pas de prix.


4. The Strangers (Gok-seong – 2016)

Le cinéma coréen est l’un des plus intéressants et des plus excitants du monde entier (cf. également mon top 20). Et l’œuvre de Na Hong-Jin y est certainement pour quelque chose. Peu productif, le cinéaste s’est fait rare en cette décennie, mais son offrande valait la peine d’être patient. The Strangers (ou The Wailing dans d’autres parties du globe) est un film complexe à la frontière du thriller, du fantastique et de l’horreur, explorant le mysticisme coréen sous toutes ses formes. C’est crade, c’est beau, c’est surprenant, c’est envoûtant, bref, c’est un peu tout ça à la fois et ça ne vous laissera certainement pas indifférents (mais accrochez-vous quand même).

3. One More Time With Feeling (2016)

Disons-le clairement, difficile d’apprécier pleinement ce film sans être amateur de Nick Cave : One More Time With Feeling est en effet, avant tout, un documentaire musical. Là où il se démarque en revanche, au-delà de la musique envoutante du génie australien, est dans son traitement de l’événement qui hante chaque image et chaque mot : la perte d’un enfant. Ici, tout se fait dans la retenue et dans la sobriété ; loin d’être un argument de vente, le deuil y est une inspiration, un chaos au sein duquel l’Art parvient à faire naître l’ordre. Bref, une thérapie douloureuse, émouvante et sublime à la fois, et la preuve supplémentaire que Nick Cave est un des esprits les plus fascinants de notre époque.


2. One Cut of the Dead (2017)

L’idéal pour décrire cette pépite japonaise est d’en dire le moins possible. Je peux néanmoins vous conseiller une chose : ne regardez pas la bande-annonce. Laissez-vous porter et allez-y sans information ni a priori, vous ne le regretterez pas. Ce film de zombies qui n’en est pas un est avant tout un hommage au cinéma de tous bords, à ses rêveurs et au processus de création. Tout le monde en ressort gagnant, le fanatique de 7è Art comme le spectateur ponctuel. Je ne le dirai jamais assez, One Cut of the Dead de Shin'ichirô Ueda est un des films les plus précieux de la décennie, et personne ne devrait passer à côté d’un tel bijou. D’ailleurs, arrêtez tout de suite de lire cet article et allez le voir. Maintenant.


1. Paterson (2016)

Vous ne verrez rien d’aussi poétique que ce petit chef d’œuvre de Jim Jarmush. Maitrisé de bout en bout, sur le fond comme sur la forme, Paterson joue avec les mots et les images sans se soucier des tourments de ce monde. Servi par deux sublimes acteurs (Adam Driver et Golshifteh Farahani), ce petit morceau de virtuosité et de bienveillance, suspendu dans le temps, nous rappelle que le cinéma le plus simple est parfois le plus beau. Un peu comme si le mot « pépite » avait spécifiquement été inventé pour ce film. En clair : ne mourrez pas sans avoir vu Paterson.



Mentions spéciales

Plusieurs réalisateurs, novices ou expérimentés, ont également su marquer la décennie de leur empreinte. Citons donc le chinois Jia Zhangke au sommet de son art avec A Touch of Sin (2013) et Les Éternels (2018), ou encore le japonais Hirokazu Kore-eda avec Notre petite soeur (2015), et Une Affaire de Famille (2018).

À Hollywood, impossible de passer à côté du studio A24 qui a révélé certains des talents les plus prometteurs du moment : Robert Eggers avec le redoutable The Witch (2015) et le sensationnel The Lighthouse (2019), sans oublier Ari Aster avec l’effrayant Heredité (2018) et le renversant Midsommar (2019).

Pour finir, je tiens à citer le petit bijou de storytelling Final Cut: Hölgyeim és uraim (2012) de György Pálfi, le truculent Wood Job! (2014) de Shinobu Yaguchi, l’introspectif Anomalisa (2015) de Charlie Kaufman, et le passionnant 1987: When the Day Comes (2017) de Jang Joon-Hwan.