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  • Thibault Merckel

The Wandering Earth : le réveil de l'outsider chinois ?


Avec Liu lang di qiu (The Wandering Earth), son premier blockbuster de science-fiction, la Chine tient à clamer haut et fort son nouveau statut de concurrent direct à Hollywood. Tout est là : les effets spéciaux, le spectacle, le drame familial, le box office. S’il s’agissait d’une critique positive, j’aurais pu m’arrêter là… Mais ceci n’est pas une critique positive.


Tout d’abord, un rapide rappel : j’ai une faiblesse toute particulière pour le cinéma chinois. Il est un l’un des plus fous, des plus inventifs, des plus drôles et surtout des plus beaux de tous les cinémas du monde ; et certains de ses cinéastes sont parmi les plus talentueux de l’histoire.


Mais la Chine est un pays d’extrêmes, et s’il est capable du meilleur, il est également capable du pire. Sa position actuelle sur l’échiquier du cinéma grand public est une position complexe : alors que le public chinois est sur le point de devenir le plus important du monde en terme de chiffres, c’est bien Hollywood qui continue inlassablement à générer des profits astronomiques. La logique voudrait donc que la Chine devienne le nouveau pourvoyeur de divertissement à travers le monde et supplante l’hégémonie américaine comme elle le fait sur certaines problématiques technologiques. Pourtant le constat est sans appel : en France comme ailleurs, c’est Disney, Warner Bros, Universal et consorts qui remportent la mise à tous les coups.


On a préféré l’oublier, mais la première tentative de co-production sino-américaine à grande échelle s’est soldée par un retentissant échec (La Grande Muraille, 2016). Depuis, rien. Alors la Chine a repris ses expérimentations dans son coin, son Département de la Propagande probablement trop envahissant pour espérer attirer les investisseurs étrangers de toute façon. Avec l’incroyable succès domestique de The Wandering Earth début 2019, certains se sont pris à rêver d’un possible exploit sur la scène internationale… jusqu’à ce que Netflix rachète les droits de diffusion et lâche le bébé sur sa plateforme sans fanfare ni paillettes.


Le problème de The Wandering Earth, c’est que ce n’est pas un film de science-fiction. Bien sûr il s’en rapproche dans l’intrigue, mais jamais dans le traitement. The Wandering Earth n’est au final qu’un simple film catastrophe comme Hollywood aimait en produire dans les années 90 et 2000, quand les pantalonnades épileptiques de Michael Bay et Roland Emmerich étaient encore rentables.


Être épique ne suffit plus. Au-delà du spectacle et des CGI, un blockbuster se doit d’avoir un propos, un ton et des personnages en qui s’investir. Ici, le film parvient simultanément à passer à côté de son message tout en bâclant ses protagonistes, stupides et interchangeables. Le réalisateur, Frant Gwo, nous plonge dans l’ennui le plus total, incapable de générer la moindre émotion ou le moindre frisson, lui qui a la lourde tâche de donner corps à l’une des intrigues les plus ridicules de ces dernières années. En définitive, la forme a tant pris le pas sur le fond que le produit final (j’insiste sur le mot "produit") laisse de marbre. Pourtant, le travail esthétique de certaines scènes laisse à penser qu’un bien meilleur film se cache derrière ce pétard mouillé.


Mais qu’importe. Avec un modeste budget estimé à 48 millions de dollars (modeste quand on le compare à la concurrence américaine), The Wandering Earth a démontré au monde entier que la Chine avait enfin rattrapé son retard technique. Et c’est finalement là le véritable enseignement du film : en matière de blockbuster, il faut à présent compter sur le savoir-faire chinois.