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  • Thibault Merckel

2021 : mon classement des meilleurs films et séries de l’année


2021 a été une année étrange. Alors pour rester dans le thème, je me devais de vous présenter un classement à son image, un classement où se mélangent froideur scandinave, métaphysique japonaise, nostalgie anglaise et... Nicolas Cage.

Voici donc, comme le titre l’indique, le meilleur de l’année au cinéma et à la télévision selon moi.



16. Dune

J’ai longtemps hésité à faire figurer Dune dans ce classement, non pas parce que je n’ai pas aimé cette nouvelle adaptation, mais plutôt parce qu’elle m’a laissé sur un sentiment d’inachevé. D’un côté, rarement un blockbuster aura aussi bien véhiculé, visuellement, l’ampleur et l’échelle de son intrigue. Néanmoins, cela ne reste qu’une moitié de film, et c’est bien cette soudaine interruption finale qui l’empêche d’atteindre les sommets qui nous étaient promis.


15. The Investigation (Efterforskningen)

Difficile de faire série plus danoise : pudique, méthodique, précise. A partir d’un fait divers qui a marqué les esprits à l’époque (le meurtre d’une journaliste suédoise dans un sous-marin), ces 6 épisodes nous rappellent à quel point une enquête policière peut être longue et frustrante. The Investigation prend en effet le parti de jouer la carte du réalisme et ne sombre jamais dans le sensationnalisme. Une expérience dont un ressort moins bête.


14. The Green Knight

Un film qui n’est probablement pas au goût de tout le monde, comme souvent lorsque la forme est si travaillée qu’elle peut en occulter le fond. Mais l’œuvre de David Lowery n’est pas qu’une simple succession de vignettes toutes plus belles les unes que les autres : c’est également une véritable réflexion sur l’honneur, la noblesse et le déclin. Le plus fascinant des films arthuriens, à n’en pas douter.


13. Matrix Resurrections

Définitivement pas destiné à tout le monde non plus, ce quatrième volet "forcé" (comme brillamment expliqué dans les 15 premières minutes du film) brille par son second degré. Comme si Lana Wachoswki avait analysé sa trilogie originale et réalisé tout ce qui n’allait pas. Cela lui permet de se libérer de certaines contraintes, de prendre son public à revers, et, en bonus, de faire un bon gros doigt à la Warner Bros.

Et si l’action est ici sans originalité, c’est parce que l’intrigue est avant tout guidée par son histoire d’amour, bien plus que par ses besoins d’en mettre plein la vue. Bref, un Matrix mature.


12. The Suicide Squad

Dernier blockbuster hollywoodien présent dans cette liste, le reboot/sequel de James Gunn balance par la fenêtre le navet de 2016 et nous présente ce que nous attendions dès le début d’un tel film : du sang, de la sueur et des personnages à la fois fun et bien écrits. Ici, chacun a droit à son propre arc narratif, et force est de constater que ça fonctionne parfaitement. Comme quoi, c’était pas si compliqué.


11. Odd Taxi

Si cet animé japonais n’est pas uniquement destiné aux amateurs purs, il est en revanche destiné à un public adulte. Durant 13 épisodes, de nombreux phénomènes de société sont abordés (l’isolement, la dépression, l’exploitation) sous des atours discordants : en effet, ici, chaque personnage est un animal. A l’image de BoJack Horseman, cet effet paradoxal (des personnages non humains confrontés à des problèmes résolument humains) est la clé du succès de la série. Et cerise sur le gâteau, le dernier épisode est une véritable claque.


10. Deux minutes plus tard (Droste no hate de bokura)

Définitivement le film le plus confidentiel de cette liste, cette petite pépite de SF japonaise est aussi complexe qu’elle est modeste. Ce faux plan-séquence de 70 minutes met en scène un groupe d’amis confronté à une télévision leur permettant de voir 2 minutes dans le futur. Et alors que l’intrigue pourrait vite s’essouffler sans parvenir à dépasser son concept initial, le réalisateur Junta Yamaguchi parvient à nous divertir avec humour et intelligence, tout en nous plongeant dans le vertige du temps. En bref, une réussite comme on aimerait en voir plus souvent.


9. Riders of Justice (Retfærdighedens ryttere)

Ne vous fiez pas à son pitch de base : le film du danois Anders Thomas Jensen est bien plus qu’une simple histoire de vengeance. C’est d’ailleurs là que réside toute sa beauté, dans sa manière de détourner les codes pour nous présenter une œuvre drôle et émouvante, bien plus sensible qu’elle n’y paraît. Dernier argument de poids : Mads Mikkelsen, aussi brutal que vulnérable, y est plus charismatique que jamais (ce qui en dit long).


8. Vincenzo (Binsenjo)

S’il ne fallait retenir qu’une série coréenne cette année, ce n’est pas celle à laquelle tout le monde pense (et que vous ne trouverez pas dans cette liste).

Bien sûr, les 20 épisodes de Vincenzo sont contraints de se plier régulièrement aux règles strictes (et parfois surannées) du K-drama par excellence, et pourtant force est de constater que le développement des personnages et la sincérité qui s’en dégage font de la série un véritable succès. A mi-chemin entre espionnage, thriller et comédie romantique, Vincenzo se targue même d’être, à l’occasion, critique envers la société coréenne. Et surtout, c’est très (très) drôle.


7. Les Mitchell contre les machines (The Mitchells vs the Machines)

Après The Lego Movie et Into the Spider-Verse, Lord & Miller continuent de dynamiter l’animation américaine, et c’est toujours aussi brillant. Impossible en effet de résister à cette famille soi-disant dysfonctionnelle (comme toute famille, finalement), qui se révèle évidemment plus apte que n’importe quelle autre à résister à l’apocalypse. Mais Les Mitchell, ce n’est pas seulement une histoire drôle et intelligente : c’est aussi une 3D unique en son genre, qui porte le film bien au-dessus de ses concurrents.


6. Kenshin : L’achèvement & Kenshin : Le commencement

Disons-le clairement dès le début, les 2 derniers chapitres de la saga Kenshin ne sont pas les meilleurs. Mais la franchise (qui compte 5 films) et si constante en qualité qu’elle mérite largement sa place dans cette liste.

Cette qualité s’explique par la réalisation virtuose de Keishi Ohtomo, et évidemment par des chorégraphies toujours plus inspirées. Et si le cinquième volet (prequel des 4 autres) perd naturellement de sa force par un manque d’enjeu, la forme, elle, reste parfaite. Bref, je ne le dirai jamais assez, Rurôni Kenshin (en vo) est l’une des meilleures adaptations de manga de tous les temps.


5. Ryûsuke Hamaguchi sur tous les fronts (Les amants sacrifiés & Drive My Car)

Sacrée année pour le réalisateur et scénariste, avec 2 succès d’affilée qui marqueront l’histoire du cinéma japonais contemporain.

D’abord avec Drive My Car, qu’il a écrit et réalisé, road-trip typiquement japonais, à la fois pudique et moderne. Cette histoire d’amitié naissante entre deux âmes blessées nous renvoie à nos propres choix, nos regrets et nos deuils.

Ensuite avec Les amants sacrifiés de Kiyoshi Kurosawa, et dont Hamaguchi signe le scénario. Un scénario plein de complexité, constellé de petits détails qui devraient ravir les plus minutieux des cinéphiles. Le tout souligné par une mise en scène (visuelle et sonore) qui sublime les choix cornéliens de l’héroïne. Un film plus accessible à un large public.


4. Le doublé Edgar Wright (The Sparks Brothers & Last Night in Soho)

Un autre talent qui a marqué 2021, celui du génial Edgar Wright.

Son documentaire sur Sparks, le groupe de pop/rock le plus influent et le plus sous-estimé de l’histoire (c’est « le groupe préféré de ton groupe préféré ») nous plonge dans plus de 50 ans de carrière et 25 albums. Un travail colossal, présenté ici de manière fun et légère, qui nous rappelle qu’une carrière ne se résume pas forcément aux frasques et aux déboires. Le talent et la constance, ça fonctionne aussi.

L’autre succès du cinéaste britannique, c’est évidemment Last Night in Soho, thriller teinté d’horreur à la sauce 60’s. Edgar Wright s’inspire ici des maîtres du genre (Dario Argento, Mario Bava, Nicolas Roeg) pour une œuvre à l’intelligence visuelle hors du commun. Mais si les influences sautent aux yeux, elles restent toujours digérées. C’est le génie de Wright : être à la fois cinéaste ET cinéphile.


3. Star Wars : Visions

En dehors de Rogue One et de la dernière saison de Clone Wars, je n’ai jamais caché ma déception (parfois même mon dégoût) envers l’ère Disney de Star Wars.

Mais alors que j’avais déjà baissé les bras, voilà que les japonais s’emparent de la saga, et alors là, ce n’est plus la même limonade : on sort des sentiers battus, on oublie les personnages surexploités, et on insuffle une nouvelle vie à un univers en panne d’inspiration.

Bien sûr, ces 9 épisodes ne sont pas tous au même niveau, mais c’est aussi ce qui donne à cette anthologie sa diversité de tons et de couleurs. A final, chaque studio d’animation semble avoir compris le but de l’exercice : faire renaître en nous ce sentiment d’excitation lorsqu’un sabre-laser s’allume pour la première fois. Pari réussi.


2. Pig

Avec 3 films à son actif en 2021, Nicolas Cage a connu une année somme toute assez classique. Et même si l’extravagant Prisoners of the Ghostland aurait pu mériter sa place dans cette liste (mais le film de Sion Sono défie bien trop le concept de bon et de mauvais pour figurer dans quelconque classement), c’est évidemment l'excellent Pig qui a su créer la surprise.

Sorte d’anti John Wick sobre et déchirant, le film de Michael Sarnoski nous prend à contre-pieds et va au bout de son idée. Nicolas Cage, en ancien chef de génie à qui l’on dérobe son cochon truffier, y est absolument incroyable, la preuve définitive que son talent dépasse de loin notre compréhension humaine.


1 (bis). Shin Evangelion Gekijôban

Evangelion fait partie de ces franchises où il est aisé de se perdre. D’abord une série, puis une série de films (avec une nouvelle fin) et finalement une nouvelle série de films (avec une fin encore différente), l’œuvre titanesque d’Hideaki Anno s’achève donc ici pour la troisième fois, dans un déluge d’allégories où chaque plan est un tableau.

A l’instar de ses prédécesseurs, le film excelle dans sa façon de rester hermétique (dans les deux sens du terme) tout en proposant de nouvelles pistes de lecture. Le créateur torturé de la saga s’y dévoile alors plus serein, plus sage sans son approche du dénouement, tant celui-ci se révèle être le plus lumineux des trois.

Bref, un film qui hante, et qui prouve que l’on peut parler de sujets importants comme la dépression ou l'acceptation (de soi et du monde), en partant d’une simple histoire de robots géants… Un véritable miracle.


1. The Beatles: Get Back

Bien qu’amateur des Beatles, je ne m’attendais pas à tomber aussi amoureux de ces 471 minutes de pur bonheur. Ce documentaire en 3 parties a tout de l’œuvre narrative parfaite : des personnages hauts en couleur, un objectif clair à atteindre, des obstacles, de la tension, des retournements de situation, des révélations, et un final jouissif. Le tout véhiculé par des images sublimes, tournées à l’époque pour la télévision puis le cinéma, et dépoussiérées ici par Peter Jackson (l’homme qu’aucun travail titanesque ne semble effrayer).

Que l’on soit fan absolu ou non, The Beatles: Get Back est aussi passionnant qu’il est fascinant. Au-delà de la plongée intime dans les coulisses d’un album culte (mais quel album des Beatles ne l’est pas), c’est surtout l’occasion de voir les 4 britanniques tels qu’ils sont vraiment : monstrueusement talentueux, particulièrement drôles, et définitivement humains. Bref, on ne se lasse pas de regarder ces 4 génies (5 si on ajoute Billy Preston) composer leur dernier chef d’œuvre avant de se séparer. Une épée de Damoclès que l’on sent constamment au-dessus de leur tête, et qui rend ce chant du cygne d'autant plus poignant et émouvant.



Post-scriptum : je n’ai évidemment pas eu le temps, ou l’occasion, de voir tous les films et séries de 2021. Parmi ceux qui auraient probablement pu mériter leur place dans ce classement : Onoda, Titane, La Panthère des Neiges, Lamb, ou encore Mad God.