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  • Thibault Merckel

Il faut qu'on parle de Disney : une intervention


Mesdames et Messieurs, il faut qu’on parle de Disney.


Le studio est en proie à une crise, et personne ne semble s’en affoler.

Pourtant, à l’heure où Disney règne sur le box office et où il s’apprête à avaler goulument la Fox (pour régner encore un peu plus sur le box office), force est de constater que les dollars n’achètent pas la créativité. Au contraire, ils la noient.


Mais nous n’avons pas vraiment le temps de respirer pour nous en rendre compte, n’est-ce pas ? La stratégie la plus brillante de Disney ne serait-elle pas d’ailleurs celle qui consiste à tant abreuver le public que celui-ci finit par perdre sa capacité à penser ?


Les rares chanceux qui me connaissent le savent pertinemment : je regarde TOUJOURS un film jusqu’au bout, et ce malgré les mauvais goûts, les choix douteux, ou encore les pestilentiels coups de théâtre que certains cinéastes nous jettent fièrement au visage de toute leur simiesque subtilité (coucou Serenity de Steven Knight). Bref, peu importe les colis piégés, je reste parce que j’aime ça.


Cependant il existe des fois où le corps et l’esprit rejettent en bloc. Parfois l’injure est telle qu’elle parvient à ronger la flamme de la passion. Et c’est précisément ce qu’est devenu Disney : un bulldozer sans âme qui piétine les rêves et insulte le bon sens. Et malheureusement, bien trop habitués que nous sommes, nous avons appris à accepter cette brute épaisse dans notre salon, dans nos cinémas, dans nos Noël et dans notre inconscient collectif.


Ainsi je défie quiconque de me donner un seul argument en faveur de Mary Poppins Returns. Symbole ultime de la crise d’imagination que traverse Disney par pure paresse, le film a l’outrecuidance de se réclamer sequel quand il n’est en réalité que reboot – un phénomène qui a déjà fait ses preuves avec le Réveil de la Force.


Je le reconnais donc, je n’ai pas été capable d’aller au bout de Mary Poppins Returns : le premier quart d’heure est infâme de banalité (et parfaitement inadapté à un jeune public), quand le reste n’est qu’un honteux calque du film original. A aucun moment les équipes créatives ne tentent de sortir du schéma éprouvé, d’étendre un univers riche, quasi mythologique ; au lieu de ça, elles se contentent de délivrer ce qu’on attend d’elle. Des couleurs, de la musique, et surtout un sentiment d’appartenance : l’idée n’est pas de bousculer le spectateur, cela serait bien trop risqué. Ce n’est pas un hasard si les campagnes marketing insistent précisément sur la fidélité au monde original. Nous, public, sommes devenus si protecteurs que les studios n’osent plus sortir de leur zone de confort.


Et au final, pourquoi déroger à la règle ? La nostalgie vend plus que de raison.

La preuve en est, cette année verra la sortie de trois remakes de dessins animés Disney (DumboAladdin et le Roi Lion), perpétuant ainsi la grande lignée d’un cinéma grand public qui n’a plus rien à inventer. Le pire dans cette histoire, c’est que les chiffres au box office enterreront toute concurrence. Au point probablement de générer des suites que personne n’a jamais réclamées.


Depuis quelques années maintenant, tout ce qu’entreprend Disney répond à cette simple règle. Prenez la franchise Marvel : en 20 films, elle n’a connu aucun désastre… mais aucun chef d’œuvre non plus. Tout y est tellement formaté, aseptisé (les réalisateurs ne sont généralement même pas impliqués dans les scènes d’action), que rien ne peut dépasser. Pas étonnant qu’ils aient été incapables de garder Edgar Wright, l’un des plus grands visionnaires de sa génération, sur Ant-Man. D’ailleurs est-ce vraiment un hasard si Into the Spider-Verse, incontestablement le meilleur de tous les films Marvel, vient d’un autre studio ?


L’homogénéité tue la folie, et les profits l’enterrent.

Leur façon de gérer Star Wars en est un autre exemple : Disney et Lucasfilm sont bien incapables de mener la franchise sur des chemins inattendus ou surprenants, au point de démolir tout concept d’excitation.


Le Réveil de la Force, en voulant ménager la chèvre (les nouvelles générations) et le chou (les fans de la première heure), s’est contenté de suivre le template d’un Nouvel Espoir en divorçant complètement de la vision de George Lucas.

Rogue One, de loin le meilleur du lot, a tout de même confirmé que Disney n’était pas prêt à explorer des territoires plus obscurs de la galaxie.

Les derniers Jedi, le film le plus vain de la toute la franchise, nous a d’abord donné l’illusion du changement avant de revenir à un statu quo le plus ennuyeux possible.

Quant à Solo… les drames en coulisse ont définitivement prouvé que Disney n’était pas du genre à prendre des risques avec sa poule aux œufs d’or.

Mon seul réconfort ? Les erreurs de Disney m’ont appris à apprécier celles de George Lucas. Aujourd’hui l’un pèche par son manque d’audace, tandis que l’autre péchait hier par son excédent. Moi, je récompenserai toujours l’excédent.


 

Bref.

Le but ici n’est évidemment pas d’appeler au boycott de Disney. Au contraire. Allez au cinéma, déplacez-vous, faites la queue, payez votre billet, ressortez déçus s’il le faut, mais n’arrêtez surtout pas. Néanmoins, si le doute vous assaille un jour, laissez peut-être sa chance à un film moins médiatisé et mettez de côté Disney un instant. Croyez-moi, ils s’en remettront.


Mais puisque je n’aime pas être uniquement médisant, finissons sur un peu de positif, voulez-vous ? La nouvelle Bande à Picsou est l’une des meilleures séries animées de ces dernières années : le casting est sensationnel, l’écriture est inventive, les aventures sont fun, et l’humour dévastateur. Et surtout, on ne se fout pas de la gueule de vos enfants. Comme quoi, tout n’est pas noir.


Et maintenant, quelque chose de complètement différent :