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  • Thibault Merckel

Shazam! : et la lumière fut


Qui aurait cru qu’après 20 ans d’incessants films de super héros, un grand studio pouvait encore nous rendre notre insouciance et notre joie infantile ? Parmi les rêveurs, on attendait. Bien sûr, on a pris notre pied sur quelques œuvres (pas la majorité, entendons-nous bien), mais rares ont été les occasions de pure satisfaction béate. Jusqu’à aujourd’hui.


Après 10 minutes d’introduction assez médiocres, Shazam! opère un véritable miracle : Billy Batson, le héros, entre dans sa nouvelle maison et rencontre sa nouvelle famille. Et là, le film prend son envol. Cette simple scène, aussi efficace dans son interprétation que dans son exécution, annonce le thème du film et surtout son intention : faire du cinéma avec le cœur.


On y reviendra, mais en tant que double origin story (à la fois celle du héros et celle de son antagoniste), Shazam! se doit malheureusement de respecter un certain cahier des charges aux allures de déjà-vu, sans parler des habituelles bestioles génériques en CGI, d’une intrigue somme toute classique et d’un visuel qui ne réinvente pas la roue. Et pourtant, pas une seule fois ces petits bémols ne parviennent à entacher l’enthousiasme du réalisateur, David F. Sandberg, et de ses équipes. A l’image de son prédécesseur Aquaman (lire ma critique), Shazam! est ainsi bourré de qualités assez sincères pour faire avaler ses faiblesses.


Si l’on peut donc reprocher à Sandberg quelques lacunes visuelles (notamment dans la mise en scène de certaines scènes d’action), il apporte tout de même à son film ce qui manquait jusqu’à présent à la grande majorité des super héros mainstream : un énorme sourire de gamin. Une joie contagieuse qui vous accompagne encore de longues minutes après la fin du générique ; et s’il n’y avait pas autant de gens dans les rues de Paris, vous n’auriez qu’une seule envie, celle de crier « Shazam » et d’attendre l’éclair. Juste au cas où.


Finalement la force du film, ce sont surtout ceux qui véhiculent cette incommensurable joie : autrement dit, le casting. Le timing comique de Zachary Levi est plus aiguisé que jamais, Jack Dylan Grazer (Freddy) est à la fois drôle et touchant, et chaque membre de la famille est casté à la perfection (mention spéciale à Faithe Herman, la petite Darla). Côté vilain, le film se contente malheureusement d’exploiter le charisme naturel de Mark Strong et omet bien trop souvent de nous le rendre véritablement fascinant.


Néanmoins, en tirant à nouveau des parallèles avec Aquaman, on pourrait reconnaître la fonction presque mécanique du Dr Sivana comme nécessaire : son manque absolu d’originalité sert justement à faire naître le décalage (ici, un décalage comique) entre protagoniste et antagoniste. C’est parce que Sivana est ennuyeux que les répliques du héros en deviennent hilarantes (leur conversation aérienne en est la preuve la plus flagrante, où l’habituel discours stéréotypé du vilain devient ici un gag).


Pour les connaisseurs du personnage original et de sa longue histoire éditoriale, le film peut également décevoir sur son manque de folie : ici, à l’exception d’un court aperçu vers un possible Multivers, on s’inspire en majorité du run un peu plus sombre et réaliste des New52 (2011), loin de l’absurdité psychédélique du Silver Age. On aurait peut-être préféré voir Sivana en savant fou (le cinéma hollywoodien en aurait-il assez des savants fous ? Où sont-ils passés ? Conspiration ?), lancé dans un plan diabolique pour déformer l’Espace, le Temps ou je ne sais quel concept farfelu. Mais qui sait, l’arrivée de Mister Mind annoncée dans la scène post-générique pourrait bien apporter ce grain de folie tant rêvé dans une suite potentielle.


Je réalise que je passe plus de temps à pinailler qu’à célébrer, pourtant je tiens à le préciser : Shazam! est sans aucun doute l’un des meilleurs films DC, toutes périodes confondues. Il nous rappelle que tout n’est pas nécessairement lugubre et sinistre, et qu’un film de super héros peut encore se targuer de sa légèreté (c’est le moment de revoir le formidable Batman de 1966, les enfants).


En bref, Shazam! vous donne la patate. La question à présent est de savoir si DC et Warner parviendront à garder le cap lors de l’inévitable suite (qui ne devra pas tarder vu l’âge des acteurs…) et surtout lors du film solo consacré au personnage de Black Adam (interprété par Dwayne ‘The Rock’ Johnson). Dans tous les cas, tous ces projets sont l’occasion d’étendre un univers auquel on a hâte de se frotter à nouveau.


 

Ce mois d’avril était le mois idéal pour être un gamin. Si Shazam! a su étancher notre soif de capes et de super pouvoirs, The Kid who would be King (Alex, le Destin d’un Roi en vf) a quant à lui rassasié nos rêves de chevalerie. Un film plein de cœur et de belles leçons, s’adressant à un public jeune sans pour autant se foutre de sa gueule (on ne peut pas en dire autant de tout le monde). Bref, une œuvre sans prétention (et sans budget) que personne n’est allé voir, évidemment. Allez, vous pourrez encore vous rattraper sur la sortie en VOD (ou mieux encore : allez le voir en salle avec vos enfants, il n’est pas trop tard).


Et maintenant, quelque chose de complètement différent :